J'ai découvert il y a peu l'écriture manuscrite du journal de Michel Valprémy, écrivain, poète et danseur. Au premier regard sa graphie donne l'impression d'une langue étrangère, d'où émergent seulement quelques mots lisibles. Sa minutie est fascinante, le soin de la mise en page, de quelques minuscules collages de feuilles sèches ou de fragments de papiers déchirés de part et d'autre.

Elle m'a parlé immédiatement de l'invention d'une écriture par le corps, de la place que je cherche pour la respiration, la retenue et l'énergie, la venue des mots avec la main.

J'ai ensuite appris au moment d'emprunter quelques pages de ce texte pour l'exposition, quelques histoires sur leur nature. D'abord la disparition de Michel Valprémy en 2007, et la place de ce journal, tenu quasi secrètement depuis plusieurs dizaines d'années.

Puis le moment d'apprendre à le lire, comprendre comment sont écrits les incroyables a, les s, les g, les l et t souvent identiques, les r et n aussi… les mots viennent de plus en plus facilement, résistent certains plusieurs jours, mais le texte s'offre, apaisé, d'une langue à la fois raffinée, acérée et intime. S'y croisent (dans les deux pages exposées, de juillet et août 2007), des notes de mémoire sur sa résistance physique, sur ses rencontres personnelles et d'écrivain, sur ses émotions de spectateur, d'ami.

J'essaie de continuer sur la table et sur le mur mon travail d'écriture de voix, de trouver une lisibilité et une discrétion à la fois pour ce texte qui ne m'appartient pas.

Notes d'après Que reste-t-il à provoquer ?